Quatre-vingts membres, douze projets pitchés, trois mises en relation déjà engagées. Ce qui distinguait les trois dossiers retenus des neuf autres n'était ni le secteur ni le montant.
La soirée du 26 juin a réuni quatre-vingts membres à Casablanca : porteurs de projets, investisseurs et partenaires institutionnels. Douze projets ont été pitchés en format court, et trois ont débouché sur des discussions engagées.
À retenir
- 80 membres présents, 12 projets pitchés, 3 mises en relation déjà engagées.
- Les trois dossiers retenus se distinguaient par leur précision, pas par leur secteur ni par leur montant.
- Prochaines dates : Rabat en octobre, puis Paris en décembre.
Ce que les trois dossiers retenus avaient en commun
Ni le secteur, ni la taille, ni la qualité de la présentation. Les trois porteurs qui ont obtenu des suites savaient répondre à une question précise sans consulter leurs notes : à quoi sert exactement l'argent demandé.
Les neuf autres ont donné une réponse générale. Développement, croissance, recrutement. Ce sont des catégories, pas des affectations, et un investisseur ne peut rien en faire dans les trois minutes dont il dispose.
Un porteur a répondu : « 1,2 million de dirhams, dont 700 000 pour une deuxième ligne de conditionnement, 300 000 de fonds de roulement sur six mois, 200 000 pour la certification export. » Le rendez-vous a été pris dans la soirée.
Le format court change ce qu'il faut préparer
Trois minutes ne laissent pas la place à un récit. Elles laissent la place à quatre phrases utiles.
Ce qui a fonctionné, dans l'ordre observé :
- Le problème, en une phrase, avec un chiffre.
- Ce que vous faites, sans jargon sectoriel.
- La preuve que quelqu'un paie déjà, ou est engagé à payer.
- Le besoin, décomposé en postes.
Ce qui n'a pas fonctionné : commencer par l'histoire personnelle. Elle compte, elle crée le lien, mais elle vient au rendez-vous suivant. En trois minutes elle consomme le temps de la preuve.
Ce que les investisseurs présents ont demandé le plus souvent
Trois questions revenaient, presque mot pour mot, d'une table à l'autre.
« Qui d'autre a déjà mis de l'argent ? » Non pour suivre un mouvement, mais pour savoir si quelqu'un a fait une vérification avant eux.
« Que se passe-t-il si votre principal client part ? » La concentration client est le risque le plus fréquent et le moins spontanément évoqué.
« Où en est votre dossier sur la plateforme ? » Plusieurs investisseurs ont ouvert le projet sur leur téléphone pendant la conversation. Un dossier incomplet se voit à ce moment-là, et il refroidit la discussion en cours.
C'est une raison pratique de traiter son score de confiance avant un événement, pas après.
Pourquoi la salle penchait vers l'agroalimentaire
Sur les douze projets, cinq relevaient de l'agroalimentaire ou de la transformation agricole. Ce n'est pas un hasard de programmation : c'est là que se trouve la demande de capital.
Le contexte l'explique. Le secteur agricole a perdu 41 000 emplois entre 2024 et 2025 tout en se modernisant (HCP, 2026), et Génération Green vise 50 à 60 milliards de dirhams d'exportations agricoles d'ici 2030 (ministère de l'Agriculture). Entre les deux se loge un besoin d'équipement et de fonds de roulement que le crédit bancaire classique couvre mal.
Les investisseurs présents l'ont formulé plus simplement : ils cherchaient des dossiers avec un acheteur identifié. Six des douze n'en avaient pas.
Ce que la diaspora apporte que le capital local n'apporte pas
Une observation revenue toute la soirée, et qui surprend les porteurs à chaque fois.
Les membres installés à l'étranger ne se distinguent pas d'abord par leur capacité d'investissement. Ils se distinguent par ce qu'ils savent du marché de destination : quelles certifications sont réellement exigées, quels distributeurs achètent, quels délais de paiement sont normaux et lesquels sont abusifs.
Deux des trois mises en relation engagées portent d'ailleurs sur cet apport, pas sur un chèque. C'est le même schéma que celui décrit dans notre article sur les coopératives d'argan : le blocage à l'export est rarement financier.
Un porteur qui prépare une rencontre gagne donc à préparer une demande précise d'expertise, en plus de sa demande de financement. Les deux ne mobilisent pas les mêmes interlocuteurs dans la salle.
Prochaines étapes
Rabat en octobre, Paris en décembre. Le format reste le même : douze pitchs courts, puis des tables de discussion par secteur.
Paris change une variable. La salle y sera majoritairement composée de membres de la diaspora, quand Casablanca réunissait surtout des porteurs. Un projet qui pitche à Paris doit donc davantage expliquer son terrain, et moins son marché.
Les inscriptions ouvrent un mois avant chaque date et sont réservées aux membres. Si vous préparez un pitch, notre méthode de business plan en cinq passes sert aussi à préparer les trois minutes.
Questions fréquentes
Qui peut participer aux soirées networking M Invest ?
Les rencontres sont réservées aux membres du club, porteurs de projets comme investisseurs. Les inscriptions ouvrent environ un mois avant chaque date et se font depuis l'espace membre, dans la limite des places disponibles.
Quelles sont les prochaines dates ?
Après Casablanca en juin, les prochaines rencontres sont prévues à Rabat en octobre puis à Paris en décembre. Le format reste identique : douze pitchs de trois minutes, suivis de tables de discussion organisées par secteur.
Comment préparer un pitch de trois minutes ?
En quatre phrases : le problème avec un chiffre, ce que vous faites sans jargon, la preuve que quelqu'un paie déjà, et le besoin de financement décomposé en postes. L'histoire personnelle compte, mais elle appartient au rendez-vous suivant.
Benjamin Benichou-Dorgan
Partner M Invest, dirigeant d'un cabinet de conseil international
Partner de M Invest et dirigeant d'un cabinet de conseil international, Benjamin anime le réseau du club et les rencontres entre porteurs de projets et membres de la diaspora.